ANAE N° 102 – La dyscalculie développementale

Ce dossier sur la dyscalculie développementale a pour origine une rencontre avec Patrick de Gavre, alors éditeur de la revue ANAE. Lors de cette rencontre, je me plaignais de l’absence de dialogue entre les milieux neurologiques et didactiques au sujet de la notion de dyscalculie. En effet, la définition la plus courante de la dyscalculie développementale, à savoir un trouble dans l’apprentissage du calcul (non lié à des déficiences intellectuelles) qui a son origine dans un désordre cérébral, réclame un tel dialogue.

La définition de ce trouble montre aussi que la notion de dyscalculie développementale est centrale dans une revue qui s’intéresse à l’Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant. En conséquence, Catherine de Gavre, éditrice actuelle de la revue, m’a proposé de préparer et de coordonner un dossier sur la dyscalculie développementale. Comme elle m’a laissé libre d’inviter les auteurs que je pensais susceptibles de contribuer au débat sur le sujet, j’ai presque immédiatement accepté et me dois aujourd’hui de l’en remercier.

Mais le choix éditorial du sujet de ce dossier ne se limite certainement pas à un concours de circonstances. Il est aussi, et surtout,  justifié par l’importance de l’enjeu. Concernant l’un des deux apprentissages fondamentaux (dans nos cultures), la dyscalculie développementale constitue un défi majeur à notre enseignement. Comme le souligne l’une des contributions à ce dossier, des milliers d’adolescents (en France seulement et, possiblement, des millions à travers le monde)  souhaiteraient aborder leur vie professionnelle sans ce fameux « complexe mathématique » qui subsiste souvent à l’âge adulte (et qui peut résulter d’une dyscalculie développementale).

Bien que les chercheurs invités n’aient pas tous répondu, ou pu répondre, favorablement à ma sollicitation, l’échantillon, au demeurant international, représente assez bien la diversité des domaines de recherche (fondamentale ou appliquée) susceptibles de s’intéresser à la dyscalculie développementale : l’enseignement des mathématiques, la psychologie cognitive ou développementale, la consultation hospitalière, la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et les neurosciences.

Pour éviter d’aboutir à une juxtaposition de différentes contributions, j’ai développé six questions – la définition, la détection, la prévalence, la rééducation, l’origine et la distinction entre dyscalculie pure et dyscalculie accompagnée d’autres difficultés (par exemple en lecture) – qui restent ouvertes. Les auteurs pouvaient discuter ces questions soit en apportant des données empiriques nouvelles, soit sur la base des données existantes. Cette démarche a été, pour l’essentiel, bien suivie et la conclusion que j’ai pu rédiger montre que deux ou trois thèmes directeurs fédèrent effectivement l’ensemble des contributions.