ANAE N° 106 – X-fragile et déficiences intellectuelles liées au chromosome X

Préambule

La déficience intellectuelle est définie comme une diminution significative des capacités intellectuelles associée une limitation des facultés adaptatives dans différents secteurs d’aptitude tels que communication, autonomie, apprentissage scolaire, vie sociale, responsabilité individuelle, travail, loisirs, santé et sécurité. Il s’agit d’un problème de santé publique qui concerne 2 à 3 % de la population. Des centaines de causes différentes (infections, toxiques, maladies génétiques rares) peuvent être responsables de handicap mental. Parmi les maladies rares, 10 % des déficiences intellectuelles chez les garçons seraient liés à des gènes localisés sur le chromosome X. Ces retards mentaux liés au chromosome X (RMLX), forment un groupe hétérogène de plusieurs dizaines de syndromes,

ayant en commun une déficience intellectuelle plus ou moins sévère et un caractère familial,

plusieurs garçons pouvant être affectés dans une même famille. Le mieux connu, le syndrome

de l’X-Fragile, a été décrit il y a quarante ans. Il représente la première cause de déficience intellectuelle héréditaire. Un autre syndrome lié au chromosome X a une place à part : il s’agit du syndrome de Rett, décrit il y a plus de quarante ans, qui touche quasi exclusivement les filles et n’est pratiquement jamais familial.

 

Les personnes atteintes de déficience intellectuelle liées à des maladies rares, leurs familles et les professionnels vivent une situation paradoxale : on entend parler des avancées fulgurantes de la recherche fondamentale dans l’identification des mécanismes génétiques ou des essais thérapeutiques sur des modèles animaux, mais les patients ne voient pas venir les fruits de ces découvertes dans leur vie quotidienne. C’est pourquoi en France comme ailleurs, plusieurs associations de parents ont été créées pour faire connaître ces maladies rares et soutenir les familles : pour le syndrome de l’X-Fragile, l’association nationale X-Fragile « Le Goéland » qui fête ses 20 ans, mais aussi l’association Mosaïques créée il y a 16 ans, et pour les autres formes de déficience intellectuelle liée au chromosome X, l’association Xtraordinaire, créée il y a seulement 3 ans, mais déjà très active. Concernant le syndrome de Rett, l’AFSR (association française du syndrome de Rett, créée en 1988) apporte un soutien aux familles et aux programmes de recherche sur ce syndrome.

D’autres associations concernant des maladies encore plus rares se sont développées.

 

C’est pour mettre au service des familles les progrès de la recherche et améliorer l’offre de soins et avec le soutien très actif des associations de parents, qu’un centre de référence national sur le syndrome X-Fragile et les autres RMLX a été labellisé à Lyon, fin 2005 (Pr V. des Portes, HFME, Bron). L’année suivante, un autre centre, Déficiences intellectuelles non syndromiques, coordonné par le Dr Delphine Héron à la Salpêtrière, comportant 4 sites parisiens, a été labellisé. À l’initiative des deux centres de référence de Lyon et de Paris, un réseau Déficiences intellectuelles de causes rares comportant 8 centres de compétences pluridisciplinaires a été labellisé fin 2008, impliquant 12 centres hospitaliers universitaires (figure 1). Ce réseau national appelé DéfiScience, en voie de structuration, a pour mission le diagnostic et l’évaluation médicale des déficiences intellectuelles.

Son objectif est de favoriser l’harmonisation des pratiques au niveau national, concernant l’accès aux nouvelles techniques de diagnostic, mais aussi l’évaluation des compétences cognitives, le suivi médical propre à chaque syndrome et le développement de thérapeutiques innovantes.