ANAE N° 109 – Enseignants/orthophonistes : Partenariats, interactions et complémentarités

Depuis 2004, l’institut d’orthophonie de l’université Lille 2, l’équipe Théodile (Théodile-CIREL EA 4354) de l’université Lille 3 et l’IUFM de Nord-Pas-de-Calais travaillent sur les apprentissages langagiers (parler, lire, écrire) avec des praticiens impliqués dans le champ de la rééducation (orthophonie, enseignement spécialisé). Le but,  orienter vers une meilleure compréhension des deux champs de compétences professionnelles et l’identification d’interactions possibles.

 

Dans le prolongement de la troisième journée (qui a eu lieu le 23/11/07 et dont les actes ont été publiés dans le, n°94-95 d’A.N.A.E) consacrée à interroger l’impact des remédiations ou des interventions didactiques sur les troubles ou les difficultés, ce travail se propose de poursuivre la réflexion sur les différences et les convergences des approches orthophoniques et didactiques, en interrogeant plus particulièrement les démarches de travail des acteurs, souhaitant placer au centre de la réflexion la question du rapport qu’entretient le professionnel  à l’apprentissage du sujet, patient ou élève.

 

Les contributions de ce dossier s’inscrivent dans deux axes :

Le premier axe concerne l’analyse et la théorisation de pratiques visant à intégrer à un moment ou à un autre le regard du sujet sur sa difficulté ou son trouble. Avec quels objectifs cela se fait-il ? À quelles conditions ? Dans quelle mesure ? Par quels moyens ? Et avec quels résultats ?. On s’intéressera aussi bien à la description de dispositifs mis en place (enjeux, effets produits, etc.) qu’à une analyse de leurs difficultés ou limites.

Le second troisième axe porte sur l’identification des modalités d’étayage dans le cadre de rééducations, de remédiations ou de médiations, de dispositifs scolaires ou de pratiques d’enseignement, voire de partenariats. Il semble utile de faire le point sur les pratiques réelles, en relation duelle ou avec un groupe, pour mieux identifier et évaluer aussi bien les pratiques spontanées que les pratiques fondées sur des travaux théoriques.

 

Le premier axe rassemble deux contributions qui interrogent l’utilité heuristique et pratique du concept de métacognition.

Pascale Op de Beeck, orthophoniste, exerçant à l’Ecole d’Enseignement Spécialisé de la Communauté française en Belgique, part d’un constat relatif au résultat des modalités de prise en charge des élèves en difficulté d’apprentissage ; quelles qu’elles soient, elle n’atteignent que rarement les objectifs visés dans leur intégralité. A partir de ce constat, elle s’interroge sur les améliorations possibles. Elle fait alors appel au concept de métacognition à la fois pour analyser les difficultés de ces élèves et pour proposer une rééducation basée sur l’entraînement des capacités dont l’analyse a montré le manque. Son article décrit cette démarche ainsi que ses résultats à partir de la mise en œuvre d’une expérience de rééducation inspirée de cette démarche.

Loïc Gamot, orthophoniste et enseignant à l’Institut d’orthophonie de Lille 2, présente une expérience conduite en milieu scolaire auprès d’élèves de 3ème en difficulté scolaire. Il s’agit d’un atelier d’aide aux devoirs basé sur l’entraînement au développement de stratégies métacognitives.  Le but est d’amener les élèves vers plus d’autonomie et une meilleure compréhension des consignes. Le bilan de l’action semble indiquer que ce principe de développement métacognitif est un facteur d’épanouissement scolaire chez des élèves en difficulté d’apprentissage. Le rôle que joue la confrontation  aux expériences des autres dans ce développement est un autre point intéressant de cette expérience interrogeant les formes d’étayage des pairs entre eux.

 

Le deuxième axe rassemble quatre contributions, trois d’entre elles sont centrées sur des expériences de partenariat, la quatrième, quant à elle, présente un dispositif de tutorat.

La contribution de Marie-Pierre Lemoine, orthophoniste, Dominique Crunelle, directrice de l’ Institut d’orthophonie de l’université Lille 2 et Francine Darras, enseignante formatrice à l’IUFM Nord-Pas de Calais – Université d’Artois, interroge le partenariat orthophonistes/ enseignants, impliquant les parents, dans le cadre d’une action commune (COM’ENS) qui consiste à mettre en place des groupes de stimulation langagière à l’école maternelle pour des enfants repérés fragiles dans leur développement langagier. Il s’agit d’aides ciblées empêchant ces fragilités de se transformer en réelles difficultés dans une démarche de prévention. L’article présente un bilan de l’action menée depuis 2001 dans le département du Nord, qui montre que ce triple partenariat permet de repérer précocement les difficultés de certains enfants et d’apporter en fonction des profils des élèves, l’étayage nécessaire à leurs progrès.