ANAE N° 118 – Le langage écrit et ses troubles: apports des nouveaux supports de communication

Dix ans après la parution du plan d’action pour les enfants atteints d’un trouble spécifique du langage (Véber & Ringard, 2001 – B.O. n°6 du 7-2-2002 C. n° 2002-024 du 31-1-2002), cinq ans après la sortie du rapport de l’INSERM « Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques » (2007) et fort du succès du colloque de 2008 « Les troubles du langage écrit : de la théorie à la pratique »  (pour revue, numéro A.N.A.E., 96-97),  le laboratoire PDPS de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail, en association avec l’APEDYS Midi-Pyrénées, a organisé une seconde édition d’un colloque consacré aux troubles du langage écrit. Celui-ci a repris la question des troubles du langage écrit chez l’enfant (e.g., Maïonchi-Pino, Ecalle & Magnan, 2010 ; Simoës-Perlant & Largy, 2010 ; Zourou, Ecalle, Magnan & Sanchez 2010), mais a étendu cette investigation à l’adulte. En effet, la dyslexie, ce trouble spécifique du langage écrit, toucherait entre 5% et 10% de la population (Habib, 2000). Il est indéniable qu’il s’agisse d’un véritable problème de santé publique. Malgré le fait que la dyslexie soit un point d’intérêt très important, tant sur le plan de la recherche que de la pratique, il existe encore trop souvent un décalage entre les avancées scientifiques dans ce domaine et les actions conduites auprès des personnes présentant de tels troubles.

 

Ainsi, le colloque national « Les troubles du langage écrit : de l’enfance à l’âge adulte » qui s’est tenu à l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail les 16 et 17 mars 2012 a réuni des chercheurs spécialistes des troubles du langage écrit et des professionnels de terrain (médecins, orthophonistes, pédagogues etc …) concernés par la question. Il a permis de faire le point sur les avancées scientifiques en matière de compréhension de la dyslexie-dysorthographie et s’approcher des réalités de la prise en charge. L’originalité de cette seconde édition a été d’intégrer à ces questionnements, d’une part les récents travaux portant sur l’utilisation de nouveaux supports de communication (SMS, email etc…) (e.g., Bouillaud, Chanquoy & Gombert, 2007; Coe & Oakhill, 2010; Durkin, Conti-Ramsdent & Walker, 2010; Tran, Tancart & Servent, 2008) et d’autre part, les nouveaux outils informatisés visant le dépistage et la compensation des troubles (e.g., Branciard, 2011; de Cara & Plaza, 2010).

 

Ce numéro spécial, faisant suite à cette manifestation scientifique, croise les recherches scientifiques très spécifiquement liées à la lecture/écriture – et à l’influence des nouveaux outils de communication – aux projets d’initiative et/ou thérapeutiques portant sur les troubles du langage écrit. Cette combinaison pluridisciplinaire nous montre, encore une fois, à quel point les professionnels concernés, qu’ils soient universitaires ou non (enseignants, psychologues scolaires et membres du R.A.S.E.D., orthophonistes, médecins, etc) sont impliqués dans la mise en place de mesures concrètes, avec un même objectif de diffusion des connaissances. Ce numéro conclut le travail de plus d’une année de préparation, qui a, je l’espère, répondu aux attentes des 5OO personnes présentes sur ces deux jours de colloque et venues de toute la France mais également de Suisse, de Belgique, du Luxembourg ou encore du Maroc.

 

La première partie concerne la question de la production écrite et de ses troubles d’un point de vue cognitif et neurofonctionnel. Nathalie Chaves, Corinne Totereau et Marie-line Bosse rendront compte de l’état des connaissances en ce qui concerne les facteurs cognitifs impliqués dans l’acquisition des connaissances orthographiques lexicales. Puis, Manuel Pérez, Hélène Giraudo et André Tricot modéliseront les structures et les processus cognitifs en jeu en tâches de copie et de dictée dans l’acquisition de l’orthographe. Mélanie Jucla, Olivier Dufor, Samuel Panton et Jean-François Démonet feront une synthèse sur les aspects psycholinguistiques et neurophysiologiques en lien avec la production écrite. Enfin, Roxane Parent, Tiffanie Dujardin, Arnaud Leleu, Smail Layes, Alain Vom Hofe et Mohamed Rebaï mettront à l’épreuve la théorie de la mini-négligence gauche chez des sujets dyslexiques phonologiques.

 

La deuxième partie de ce numéro portera sur les avancées scientifiques en matière de nouveaux supports de communication et les nouvelles formes de langage écrit. Ainsi, Céline Combes, Olga Volckaert-Legrier et Pierre Largy caractériseront le coût cognitif de l’écriture SMS et son éventuelle automatisation chez les adolescents. Olga Volckaert-Legrier et Josie Bernicot exposeront les résultats d’une étude portant sur les capacités de compréhension de cette nouvelle forme d’écriture. Enfin, Marion Fabre, Marie-Laure Barbier, Thomas Arciszewski et Raphaele Tsao s’intéresseront à la compréhension du comportement d’adolescents sourds sévères et profonds dans leur rapport à la langue écrite via l’analyse de SMS, de blogs, de prises de notes et d’écrits scolaires.

 

Dans la dernière partie de ce recueil, les auteurs donneront une vision croisée entre théorie et pratique en présentant les différents dispositifs mis en place sur la question des troubles spécifiques du langage écrit. Pour commencer, Florence Liaunet nous proposera un éclairage des soins orthophoniques dans le domaine des troubles développementaux du langage écrit en les illustrant par des exemples concrets d’activités. Jean-François Camps, Agnès Morcillo et Martine Molinié présenteront le projet Albadys portant sur la scolarisation en classe de sixième d’élèves présentant un trouble spécifique du langage écrit. Ce projet s’inscrivant dans la politique départementale de « lutte contre la difficulté scolaire et une meilleure réussite des élèves » a permis de travailler sur le repérage d’élèves « à risque » et de valider l’outil avec les élèves déjà diagnostiqués. Enfin, Laetitia Branciard exposera une étude menée dans l’enseignement public agricole dont l’objectif principal était la détermination d’éventuels troubles des apprentissages, ou d’autres types de difficultés, afin de mettre en place un accompagnement pédagogique adapté. Jean-Luc Nespoulous, Professeur Emérite, nous fera l’honneur de conclure ce numéro spécial.

 

 

 

Etude de validation d’une adaptation française de la Pictorial Scale of Perceived Competence and Social Acceptance : résultats préliminaires[1]