Connaissances scientifiques : apprendre à identifier et différencier les sources d’information.

ANAE N° 158

A l’heure où une partie de la population met en doute les informations disponibles dans l’espace public, il est important, pour les professionnels, d’identifier en pleine conscience les différentes sources de connaissance qui diffusent des « savoirs » scientifiques afin de mieux les différencier. Il est possible de distinguer schématiquement au moins 4 types de sources d’information qui présentent, respectivement, certaines spécificités. 

Le type 1 concerne les connaissances scientifiques présentées par les revues ou journaux scientifiques à comité de lecture. Schématiquement, les chercheurs proposent un manuscrit présentant leurs résultats à une revue (il en existe des milliers), puis l’éditeur décide de son éventuelle publication après consultation d’un comité de lecture. Il va donc solliciter des spécialistes du domaine pour qu’ils produisent une expertise critique du contenu et identifient les modifications ou précisions que les auteurs devront apporter au manuscrit. Ce processus prend en général du temps et présente des variabilités selon la revue (nombre d’experts, en général deux, anonymisation ou non du manuscrit, anonymat ou non des experts, taux de rejet plus ou mois important pouvant aller de 10 à 90 %, etc.). Les revues peuvent être généralistes ou plus ou moins spécialisées dans un champ scientifique. Elles ont des impacts et des réputations très variables. Publier ses résultats dans des revues à forte réputation est crucial pour les chercheurs : de telles conditions, en effet, ont des conséquences importantes sur la diffusion de leurs résultats, de leur réputation propre, sur leur carrière académique et l’obtention de financements.

Même si la fiabilité des recherches en psychologie scientifique ou en neurosciences (Gentaz, A.N.A.E., 2016) est en débat, les revues réputées à comité de lecture restent les sources disponibles les plus fiables possibles. La plupart des revues publient des résultats originaux et très spécialisés obtenus dans des conditions bien définies. Si un professionnel souhaite connaître un état de l’art sur un sujet précis pour l’aider dans sa pratique, le plus pertinent est de consulter les revues de question ou les méta-analyses publiées dans des revues à comité de lecture (voir par exemple, le cas pour les effets psychologiques des châtiments corporels, Gentaz, 2018a).

Le type 2 concerne les connaissances scientifiques présentées par les revues ou journaux scientifiques pour professionnels. Il s’agit d’une source indispensable et accessible aux spécialistes qui n’ont pas le temps ou les compétences de lire tous les articles de type 1 et d’en faire une synthèse critique. Les articles peuvent être rédigés par des chercheurs souhaitant diffuser les résultats de leurs spécialités en y intégrant les leurs. Il peut s’agir aussi de contributions rédigées par des journalistes spécialisés. Cependant, il n’y a pas, dans de tels cas, de véritables expertises produites par les pairs et une telle procédure implique une confiance entre l’auteur de l’article et ses lecteurs, déterminante dans la réputation de la revue.

Le type 3 concerne les connaissances scientifiques présentées par les magazines ou journaux scientifiques destinés à une large diffusion, disponibles dans les kiosques. Il s’agit d’une source d’information accessible à un public désireux de connaître certaines avancées récentes de la recherche. La présentation du thème et la rédaction des articles sont réalisées par des journalistes spécialisés. Cependant, encore une fois, il n’y a aucune expertise et de telles procédures impliquent une grande confiance entre l’auteur de l’article et ses lecteurs. De plus, ces magazines subissent de fortes contraintes économiques qui exigent parfois des présentations de résultats portant sur des sujets « à la mode » ou « dans l’air du temps » (Gentaz, édito 2018b).

Le type 4, enfin, concerne les connaissances scientifiques présentées dans des ouvrages individuels ou collectifs destinées au grand public, disponibles en librairie. Leurs auteurs peuvent être des chercheurs encore en activité ou des « passeurs de sciences » (anciens chercheurs, professionnels, etc.). Il s’agit d’une source d’information non expertisée scientifiquement destinée à un public désireux d’accéder à une synthèse ou recherchant un point de vue approfondi dans un domaine. Ce qui nécessite encore une grande confiance entre l’éditeur, l’auteur et ses lecteurs. De plus, les maisons d’éditions sont soumises là encore à des contraintes économiques fortes qui impactent les choix de leurs sujets (Gentaz, édito 2018b).

En conclusion, compte tenu de la diversité et des caractéristiques de ces différents types d’information, il apparaît que les connaissances diffusées ne doivent pas être traitées de façon identique par les professionnels. Dans les débats actuels, chaque professionnel se doit d’identifier et de différencier les sources. Il sera ainsi en mesure de sélectionner les connaissances scientifiques les plus fiables dont il a besoin pour accompagner sa pratique.

Pr Édouard Gentaz
Professeur de psychologie du développement à Université de Genève et
Directeur de recherche au CNRS (LPNC-Grenoble)
Rédacteur en chef d’A.N.A.E.

Références

GENTAZ, É. (2016). Nos recherches sont-elles fiables ? A.N.A.E., 141, 157-159.

GENTAZ, É. (2018a). Châtiments corporels et développement psychologique des enfants. Que disent les recherches scientifiques ? A.N.A.E., 157, 667-670.

GENTAZ, É. (2018b). Méditation, Montessori, ou comment des effets de mode dévaluent des idées prometteuses. A.N.A.E., 156, 519-521.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur google