loader image

Pour une préparation à la petite enfance et à la parentalité universelle et gratuite

ANAE N° 161

Le jeune enfant est actuellement considéré dans notre société comme compétent, fragile et individuellement précieux, les parents devant lui procurer protection et subvenir à ses besoins jusqu’à un âge assez avancé (Gentaz, et al., 2016). Cela n’a pas toujours été le cas : les enfants représentaient jadis une force de travail donc une source de revenus pour la famille, et ce dès le plus jeune âge, ce qui reste encore le cas malheureusement dans de nombreux pays.  L’indépendance et l’autonomie sont deux valeurs centrales de la socialisation dans nos sociétés occidentales actuelles, que l’on retrouve dans la façon dont les parents aident leurs enfants à grandir.

Devenir parent provoque un véritable bouleversement psychologique chez la mère et le père. La parentalité permet de rendre compte des différentes facettes qui influencent l’expérience de parent et qui peuvent expliquer les défis et les contraintes qui l’accompagnent (Favez, 2017). Il est donc important que les parents aient confiance en eux et se sentent capables d’assumer leur rôle aussi bien dans la vie quotidienne, dans la réalisation de tâches courantes, que dans leurs interactions avec le jeune enfant, avec tout ce que cela implique comme corrélats émotionnels : le stimuler, lui sourire, partager le plaisir éprouvé à jouer ensemble, le consoler s’il est triste, répondre à ses sollicitations, lui transmettre des règles de vie et établir des limites. Un regard éclairé sur le développement psychologique de l’enfant peut donc aider les parents à mieux comprendre et à dépasser les moments difficiles.

Actuellement, la plupart des chercheurs considèrent que le développement psychologique de l’enfant dépend de compétences ou de connaissances innées, associées au rôle crucial de l’environnement physique et socioculturel. Par l’intermédiaire des outils mentaux dont il dispose ou qu’il a construits, l’enfant va apprendre à découvrir le monde, à s’y adapter et à le transformer (Gentaz, et al. 2016). Cependant, il est facile d’imaginer que les conceptions plus ou moins implicites portées par les parents sur leur enfant et son développement psychologique influencent la façon dont ils se comportent avec lui. Schématiquement, si les parents ont une conception d’un enfant « peu compétent », ils seront moins enclins à développer les interactions, étant persuadés qu’il « ne comprend rien », alors que, au contraire, une conception d’un « enfant compétent » favorisera ces interactions.

Nous pensons qu’il est crucial d’aider les jeunes parents et leur entourage dans la découverte et dans l’exercice de leur parentalité

Quelles formes pourraient prendre un tel accompagnement ? Plusieurs leviers existent. Un premier levier, indispensable, concerne l’état de la recherche à communiquer aux parents à travers tous les médias possibles (livres, brochures, documentaires, réseaux sociaux, etc.). Il est clair que les savoirs présentés et diffusés dans les médias participent à l’élaboration des conceptions et des représentations que les adultes – les parents bien sûr, mais aussi tous ceux qui évoluent autour de l’enfant – ont des enfants et de leurs compétences, et influencent notre manière de les accompagner dans leur développement. Dans cette  perspective, nous venons d’ouvrir un cours en ligne gratuit et libre d’accès (MOOC – Développement psychologique, 2019) destiné aux parents et aux professionnels, qui porte sur le développement psychologique du jeune enfant. Un premier levier donc, nécessaire mais pas suffisant, en particulier pour lutter contre les « inégalités de classes » si présentes dès les premières années comme vient de le montrer l’étude sociologique dirigée par Lahire (2019).

Un second levier serait la création et l’instauration d’une préparation à la petite enfance et à la parentalité universelle et gratuite, largement inspirée du dispositif de « Préparation à la Naissance et à la Parentalité » mise en place en France grâce au Plan Périnatalité 2005-2007 (autrefois appelée « Préparation à l’accouchement »). Rappelons que les objectifs de la Haute Autorité de Santé (HAS) en 2005 reprennent globalement les objectifs de l’OMS de 2002-2003. Ceux-ci insistent sur l’importance de la PNP pour « aider la femme à vivre sa grossesse de manière saine, par des conseils appropriés et des messages éducatifs qui lui permettront de rester en bonne santé et donc de contribuer à celle de son enfant. La PNP doit aussi permettre de conseiller la femme pour la mise en place de l’allaitement et les soins au nouveau-né, ainsi que pour reprendre un mode de vie favorisant son rétablissement après l’accouchement ». En France, ce dispositif propose 8 séances remboursées de 45 min à toutes les femmes enceintes (en complément des consultations prénatales), et débute par un premier entretien personnalisé dès le 4ème mois de grossesse. De plus, l’HAS rappelle que les séances doivent être ouvertes le plus largement possibles aux futurs pères.

Ainsi, il serait très utile de proposer 8 séances supplémentaires remboursées  (de 1 heure 30 afin de favoriser les échanges entre les parents et les professionnels pour les séances collectives) à tous les jeunes parents durant les trois premières années de leur enfant (avant l’entrée la maternelle). Mais quels seraient les contenus à aborder ? Ils sont variés et nombreux (alimentation, sommeil, etc.) mais parmi eux, certains domaines « psychologiques » semblent essentiels comme, par exemple, les interactions multisensorielles parents–bébé, le développement sensori-moteur, langagier, cognitif, affectif et social, les effets bénéfiques des jeux (Richard, Clerc-Georgy & Gentaz, 2019), les effets délétères des écrans avant 6 ans (Desmurget, 2019) et ceux des châtiments corporels (Gentaz, 2018). Cette proposition s’inscrit dans la continuité des recommandations de l’OMS (2002) qui préconisent d’aller au-delà des séances de préparation anténatale en proposant un accompagnement postnatal.

Références

DESMURGET, M. (2019). La fabrique du crétin digital. Paris : seuil.

  FAVEZ, N. (2017). Psychologie de la coparentalité – concepts, modèles et outils. Paris : Dunod

GENTAZ, E. (2016). La vie secrète des enfants. Paris : Odile Jacob 

GENTAZ, É. (2018). Châtiments corporels et développement psychologique des enfants. Que les recherches scientifiques ? A.N.A.E., 157, 667-670.

https://www.anae-revue.com/anae-en-accès-libre/l-éditorial-d-anae-en-accès-libre/

  GENTAZ, É. (2019). Connaissances scientifiques : apprendre à identifier et différencier les sources d’information A.N.A.E., 158, 7-9.

  GENTAZ, E. (2019). MOOC : le développement psychologique de l’enfant. https://www.coursera.org/learn/enfant-developpement 

Haute Autorité de Santé – HAS (2015). Préparation à la naissance et à la parentalité (PNP). L’argumentaire scientifique de cette évaluation est téléchargeable sur

www.has-sante.fr  

LAHIRE, B. (Ed) (2019). Enfances de classe. De l’inégalité parmi les enfants. Paris : Seuil.

OMS-.World Health Organization. Regional Office for Europe. (‎2002)‎. Essential antenatal, perinatal and postpartum care : training modules. Copenhagen : WHO Regional Office for Europe. https://apps.who.int/iris/handle/10665/107482

RICHARD, S., CLERC-GEORGY, A. & GENTAZ, E. (2019). Les bénéfices du jeu sur le développement psychologique de l’enfant et les interventions de l’adulte dans le jeu de l’enfant. Médecine et Enfance, 137-145.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur google