Un enjeu crucial pour les chercheurs et les professionnels de l’enfance et de l’adolescence : les crises humanitaires et les migrations

A.N.A.E. N° 151 – DECEMBRE 2017

Selon la définition des Nations unies, un migrant international est une personne qui se déplace (pour au moins 3 mois) vers un pays qui n’est pas son pays de résidence, et pour des raisons qui ne sont pas liées aux loisirs, à la famille, au pèlerinage, ou même aux affaires, au tourisme ou aux questions de santé. Dans cette décennie, autour de 3,5 % de la population mondiale (220 millions de personnes, légaux et clandestins confondus) serait concerné.

 

La première des raisons qui pousse à partir est la nécessité de fuir toute forme d’insécurité physique (guerre, persécutions, massacres, torture). Ainsi, en raison de conflits ou de persécutions, environ 26 millions de personnes dans le monde sont déplacées dans leur pays, et 11 millions sont des réfugiés, c’est-à-dire qu’ils sortent de leur pays d’origine pour aller dans un pays limitrophe. Parmi eux, seule une petite minorité trouve asile dans un pays de l’OCDE.

 

La deuxième raison, pouvant être rattachée à l’insécurité, est la nécessité de fuir la pauvreté ou la précarité afin d’aller chercher ailleurs les moyens de faire vivre son entourage. Rappelons que 40 % des personnes dans le monde vivent avec 5 % du revenu mondial. On trouve de plus en plus de migrants issus des classes moyennes, diplômés, et parfois même très qualifiés (par exemple, 63 % des médecins angolais ont quitté leur pays et tous s’expatrient vers les pays de l’OCDE).

 

Il semble clair pour les experts (cf. Daccord, 2017) que les crises humanitaires migratoires ne doivent plus être considérées comme des crises courtes, localisées loin de chez nous, avec des « victimes passives » et que nous essayons seulement d’endiguer. Ces crises humanitaires sont durables et auront des répercussions de plus en plus significatives sur nos sociétés riches. De plus, elles génèrent désormais des « victimes actives ». En effet, les migrants actuels sont très connectés et donc très informés. Ils font preuve d’une grande intelligence collective pour s’adapter aux volutions des politiques migratoires des pays impliqués.

 

Une des évolutions significatives dans les besoins exprimés par les migrants concerne la santé mentale et le besoin de soutien psychologique, et tout particulièrement pour les enfants et les adolescents. L’adaptation scolaire de ces derniers peut être difficile compte tenu de leurs parcours scolaires souvent discontinus, dans différentes langues et différents systèmes scolaires. Les parcours socioprofessionnels des parents peuvent être aussi très difficiles car ils sont soumis aux contraintes légales et structurelles des pays par lesquels ils transitent. Il est important de comprendre comment toutes ces contraintes peuvent affecter spécifiquement les compétences parentales des migrants et les compétences cognitives et relationnelles de leurs enfants.

 

Il est donc urgent et légitime que tous les acteurs du champ du développement de l’enfant et de l’adolescent (institutionnels et individuels) s’emparent de cet enjeu, dans toutes ses dimensions, concernant non seulement nos activités cliniques et de recherche académique, mais aussi nos engagements citoyens (cf. Notes).

  

Pr Édouard Gentaz
Professeur de psychologie du développement à Université de Genève et
Directeur de recherche au CNRS (LPNC-Grenoble)
Rédacteur en chef d’A.N.A.E.

 

RÉFÉRENCES

DACCORD, Y. (2016). Un monde en crise : il est temps de repenser nos réponses. Allocution donnée pour le DIES ACADEMICUS de l’Université de Genève, pp.32-35.

 

WIHTOL DE WENDEN, C. (2016). Atlas des Migrations. Paris : Autrement-Le Monde.

 

Notes

 

Opération « Café solidaires » depuis 2016 : l’Association des étudiants en psychologie (Adepsy) et l’Association genevoise des psychologues (AGPsy), avec le soutien de la Section de psychologie de la FPSE, organisent un espace d’échange avec la communauté réfugiée. https://www.unige.ch/fapse/actualites/archives/2017/cafes-solidaires/

 

Programme « Horizon académique » depuis 2016 : l’Université de Genève offre un programme d’intégration académique et sociale pour les jeunes adultes relevant du domaine de l’asile qui ont dû interrompre un cursus d’études universitaires dans leur pays et/ou qui ont déjà achevé un ou plusieurs cycles d’études. https://www.unige.ch/horizon-academique/

 

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