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ANAE N° 135 – TROUBLES DU LANGAGE ET APPRENTISSAGES

Disponible

Dossier coordonné par Jacques Grégoire, Université de Louvain, Belgique

et Trecy Martinez-Perez, Association scientifique et éthique des logopèdes francophones, Belgique

Jacques Grégoire traite de l’évaluation intellectuelle dans l’examen des troubles du langage. Les critères diagnostiques des troubles du langage oral et/ou écrit ont évolué. Or ces troubles peuvent avoir un impact négatif sur les mesures de l’intelligence. Se pose dès lors la question du choix d’un instrument de mesure approprié et de l’interprétation des scores observés. Dans cet article, cette question est analysée en détail et des propositions concrètes sont faites pour la pratique du diagnostic.

Lisa Ouss s’intéresse aux expressions psychopathologiques qui accompagnent souvent les troubles des apprentissages. Les cooccurrences les plus étudiés concernent la dyslexie, les troubles de l’acquisition de la coordination, et les TDAH. Cet article propose  une réflexion sur les questions posées par ces cooccurrences. Il propose trois modèles psychopathologiques à même de pouvoir concevoir l’articulation entre différents niveaux – génétique, cérébral, neuroendocrinien, comportemental, social, environnemental…  pour une pratique clinique qui permette d’identifier des cibles et niveaux thérapeutiques, dans le cadre de la lecture multiple, et d’une approche complémentariste, où des thérapies spécifiques peuvent être proposées.

Gilles Leloup fait le point sur les remédiations des troubles de la lecture chez les enfants dysphasiques et dyslexiques : quels recoupements ? Quelques programmes d’entraînements à la lecture chez l’enfant dyslexique ou mauvais lecteur ont été validés selon une méthodologie scientifique. Le propos de cet article est une réflexion sur l’apport de ces programmes quant à la prise en charge et à la prévention des troubles de la lecture chez l’enfant dysphasique.

L’intervention orthophonique auprès des jeunes enfants

avec peu ou pas de langage

Il n’est pas rare d’entendre un professionnel affirmer que l’orthophoniste n’intervient pas avant 4 ans ou qu’il faut attendre que l’école fasse son effet chez un enfant qui parle peu.

Ce dossier rassemble des présentations issues du colloque de l’ASELF et des recherches belges et guide le professionnel dans ses actions de dépistage, d’évaluation et d’intervention chez les jeunes enfants présentant un trouble langagier.

Intervenir précocement implique de dépister rapidement et efficacement les enfants à risque de présenter un retard de langage. Les médecins, psychologues et orthophonistes travaillent généralement avec un nombre limité d’enfants. Au contraire, la Protection maternelle et infantile (PMI) en France mène une mission de prévention et de promotion de la santé auprès d’une large population de futurs parents et d’enfants de moins de 6 ans. En ce qui concerne la prévention des troubles langagiers, l’Office de la naissance et de l’enfance (homologue belge de la PMI), a récemment collaboré avec Anne-Lise Leclercq, Sophie Kern, David Magis et Christelle Maillart pour élaborer un outil de dépistage rapide à large échelle dans des populations à risque ou multilingues. Une recherche-action qui nous semble prometteuse et suggère des actions complémentaires à notre travail plus individualisé.

En Belgique, c’est notamment la prescription d’un médecin spécialiste qui conditionne le remboursement des prestations orthophoniques. Il est parfois tentant de considérer cette étape comme une simple formalité administrative. Pourtant, le neuropédiatre assure un rôle essentiel de première ligne comme l’illustre l’article d’Elin Malek Abrahimians et Marie-Cécile Nassogne. Le neuropédiatre assume ainsi de multiples rôles : identifier une situation pathologique par rapport à une simple variation de la normale, distinguer un trouble isolé du langage d’un retard global de développement et détecter les maladies graves qui peuvent être à l’origine du trouble. Il sera également particulièrement vigilant dans le cas d’une régression du langage qui peut suggérer un syndrome des pointes-ondes continues du sommeil et dont le traitement doit être rapidement mis en place.

En choisissant un titre accrocheur « Intestable ? Le bilan orthophonique du jeune enfant sans langage » pour son article, Pascale Grevesse nous démontre qu’il est possible de récolter une multitude d’informations au niveau de la communication verbale et non-verbale chez un enfant qui ne parle pas. Elle présente l’évaluation  orthophonique du jeune enfant selon trois angles différents : l’évaluation indirecte, l’évaluation directe et les interactions entre les parents et l’enfant. Pour chacun de ces angles, l’auteur développe et argumente les aspects à évaluer sans tomber toutefois dans une liste prédéfinie et rigide, ce qui permet au clinicien de sélectionner les composants les plus pertinents à explorer selon le patient.

Le terme « ingrédient actif » est de plus en plus évoqué lorsqu’on parle de prise en charge langagière. Il s’agit en effet de l’élément du traitement qui explique l’efficacité de l’intervention et qu’il faut donc inclure dans nos actions auprès des patients.

C’est autour des deux ingrédients actifs de l’intervention précoce, soit l’interaction parent-enfant et la stimulation langagière que reçoit l’enfant, que l’article d’Audette Sylvestre et Chantal Desmarais s’articule. Les deux Québécoises développent plus précisément le programme d’intervention « milieu », proposé par Warren, Yoder et leurs collaborateurs, et qui a fait ses preuves à plusieurs reprises.

L’implication des parents est également au centre du programme d’intervention Lidcombe qui cible plus spécifiquement les jeunes enfants avec un bégaiement. À travers leur article, Anne-Lise Leclercq et Julie Kister rapportent des données préliminaires encourageantes sur l’implémentation de ce programme en clinique francophone. Pour les quatre patients rencontrés, le pourcentage de syllabes bégayées devient inférieur à 5 % après l’intervention sans toutefois s’accompagner d’une diminution de la prise de parole de ces enfants. Les auteurs mettent également en lumière les ingrédients actifs qui expliquent l’efficacité de l’intervention et qui doivent par conséquent être conservés lors de l’application du programme dans notre pratique professionnelle.

Enfin, nous clôturons ce dossier en proposant un article sur le travail multidisciplinaire qui permet de mieux répondre aux besoins de certains enfants. Céline Baurain nous présente l’outil EIS (Évaluation, intervention et suivi, version française, Dionne, Rivest & Tavares, 2006) qui propose une évaluation de six domaines d’habiletés fonctionnelles (motricité fine, motricité globale, adaptation, communication, cognition et socialisation) et permet de déterminer des objectifs et des activités d’intervention individualisés. L’auteur insiste également sur l’intérêt de l’outil pour suivre les progrès des enfants dans ces habiletés et ajuster rapidement le projet thérapeutique.

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