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ANAE N° 140 – LE TROUBLE DÉFICITAIRE DE L’ATTENTION AVEC OU SANS HYPERACTIVITÉ (TDA/H)

Numéro épuisé - Disponible uniquement en version électronique

Dossier coordonné par Francine Lussier, Fondatrice du C.É.N.O.P. (Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique, Québec)

Les enfants qui bougent trop (Desjardins, 2001), ces enfants lunatiques, il en existe depuis toujours. Peut-être encore davantage aujourd’hui, portés par le siècle de la rapidité technologique et de l’univers virtuel numérique qui a développé chez les gens un besoin impératif de l’instantané. Sommes-nous en train de multiplier les situations qui engendrent une nouvelle forme d’hyperactivité qui génère une surpopulation de TDAH ? La neuropsychologie pédiatrique, il est vrai, a largement contribué à mieux dépister ces enfants porteurs d’un TDAH (Lussier & Flessas, 2009) qualifiés autrefois de turbulents, d’étourdis…

C’est à François Bange, psychiatre très impliqué auprès de la patientèle TDAH tant adulte qu’enfant, que j’ai demandé de présenter le syndrome. Il fait en outre le parallèle entre la version du DSM-IV et celle du DSM-V puis nous éclaire sur les similitudes et les dissemblances qui existent entre la CiM-10 et le DSM-V.

Olivier Revol, quant à lui, questionne la réelle origine des manifestations qu’on observe chez un enfant avant de poser le diagnostic de TDAH. Il nous sensibilise sur la possibilité d’un recoupement entre les symptômes du TDAH et le comportement d’enfants qui possèdent un haut potentiel intellectuel (HPI) ; certains d’entre eux présenteraient même le double profil. Les deux articles suivants apportent l’éclairage de chercheures intéressées par le TDAH. Toutes deux nous proposent une riche bibliographie qui suscite notre intérêt pour aller plus avant dans la connaissance cette problématique.

Sandrine Rossi fait le pont entre les structures cérébrales et les fonctions exécutives qui se développent normalement chez l’enfant et qui sont hautement sollicitées dans sa vie de tous les jours mais qui font cruellement défaut chez bon nombre d’enfants qui souffrent d’un TDAH. Elle nous fait part des avancées de la neuro-imagerie et nous permet de découvrir l’existence de réseaux neuronaux distincts impliqués dans le contrôle cognitif.

Hélène Poissant nous présente la recherche qu’elle a menée auprès de familles concernées par le TDAH dans le but d’en comprendre les facettes éducationnelle, exécutive et neurocognitive. Elle nous rappelle le lien génétique qui existe dans le TDAH et nous sensibilise au fait que le parent est porteur des même difficultés que celles de son enfant (notamment une difficulté d’anticipation ou forethought). Il est donc facile de concevoir que le parent puisse être confronté au défi de l’éducation de sa progéniture.

L’évaluation neuropsychologique, qui permet une description systématique de tous les symptômes que présente l’enfant et de ses performances aux tests qui en mesurent le mieux les manifestations, fait l’objet des deux présentations suivantes.

Valérie Rouby aborde la problématique de l’évaluation de l’enfant et questionne la nécessité de poser un tel diagnostic dès la petite enfance : à partir de quel âge est-on en mesure d’évaluer le tout-petit qui démontre des signes d’agitation extrême ?

Line Gascon identifie d’abord les derniers modèles qui expliquent la symptomatologie dans le TDAH (le déficit d’inhibition comportementale, modèle de Barkley remis en question par d’autres chercheurs ; le modèle à double voie avec sous-type exécutif et sous-type motivationnel ; un troisième modèle tiendrait également compte de la dimension motrice et du traitement des informations temporelles). Elle traite ensuite de l’évaluation neuropsychologique chez l’adolescent et le jeune adulte.

Michèle Mazeau nous fait part de son expérience clinique au sujet de ces enfants « multidys » qui sont parfois difficiles à comprendre. La présence de troubles dysexécutifs souvent mal identifiés vient compliquer le profil clinique et expliquerait mieux les manifestations observées chez l’enfant. Il existe une disparité importante entre l’Amérique du Nord et l’Europe sur la pratique de la médecine en matière de médication. Alors qu’au Québec par exemple, depuis longtemps tout omnipraticien, qu’il soit en clinique privée ou en milieu hospitalier, peut prescrire des psychostimulants, cette pratique en Europe a longtemps été réservé aux seuls pédopsychiatres en milieu hospitalier. Le choix des médicaments est également beaucoup plus exhaustif en Amérique du Nord qu’en France qui n’approuve que quelques-unes des molécules seulement.

Cette méconnaissance oriente alors celui-ci vers une thérapeutique inappropriée pour le soutenir. La détresse des enfants atteints du TDAH ne relève pas uniquement des réprimandes qu’ils reçoivent quasi quotidiennement à cause de leurs comportements dérangeants (hyperactivité-impulsivité) ou en raison de leur étourderie (déficit d’attention). Ils sont aussi plus sujets à présenter des difficultés d’apprentissage que nous décrit en détail Marie-Claude Guay dans l’article suivant. Leur désarroi est d’autant plus souffrant que l’école occupe le tiers de leur activité quotidienne, un autre tiers étant consacré à dormir et le dernier à s’alimenter, à socialiser, jouer… pas étonnant alors qu’ils s’adonnent tant aux jeux vidéo, l’un des rares espaces de vie où ils finissent par se sentir compétents.

Stéphanie Bouliac nous explique les dangers qui guettent les enfants souffrant de TDAH à cet égard mais elle nous fait aussi part des aspects positifs que peuvent avoir les jeux vidéo auprès de ces jeunes. Aux troubles scolaires s’ajoutent souvent des troubles moteurs.

Marie-Laure Kaiser et Jean-Michel Albaret font le point sur la question des troubles moteurs et leur lien potentiel avec le déficit d’attention davantage qu’avec l’hyperactivité en nous présentant les résultats de leurs deux études exploratoires. Fervente adepte de l’accompagnement de ces enfants en difficulté, je tenais à ce que ce numéro apporte une part importante à l’intervention. Même à l’intérieur des articles fondamentaux de la recherche, tous reconnaissent les limites de la médication et la part importante que doit prendre l’intervention comme adjuvant aux psychostimulants. Jadis réservés aux neuropsychologues, les concepts reliés aux fonctions exécutives ont rapidement gagné le milieu scolaire. Les trois derniers articles sont consacrés à l’intervention sollicitant plus spécifiquement les fonctions exécutives rudement mises à l’épreuve par les enfants TDAH.

Le premier, celui de Pierre-Paul Gagné, fait une excellente revue sur les outils d’intervention qui existent actuellement dans la communauté. Lui-même a consacré une bonne partie de sa carrière de psychologue à développer de tels outils qui ont d’ailleurs inspiré l’élaboration de mon propre programme (pifaM).

Alain Caron, qui a conçu une approche pour améliorer l’attention des élèves en classe (attentix), revient sur l’importance d’enrichir la pédagogie en classe de l’apport des sciences cognitives. Il propose l’utilisation du modèle de la réponse à l’intervention (rai) combinée à l’enseignement explicite des habiletés métacognitives permettant d’accroître chez l’enfant un contrôle cognitif, une prise de conscience de ses forces et ses faiblesses, l’efficacité de ses fonctions exécutives et des processus automatisés.

Finalement, Annie Lussier, orthopédagogue, témoigne de ses interventions proposées à Gabriel, Romy, Nathan et Magali qui présentent des difficultés d’apprentissage en lien avec des troubles dysexécutifs.

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